🎙️ Interview POLICIER/GENDARME - Patrick Mallet



Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis un pur produit lyonnais, né il y a 66 ans dans la capitale des Gaules et j’ai fait toute ma carrière de flic sur le département du Rhône. Retraité depuis une dizaine d’années, je partage mon temps libre entre sport (vélo, échecs), bénévolat pour diverses associations, famille, balades en moto, lecture et écriture. Parmi mes nombreux vices, je prends un grand plaisir à  torturer les personnages auxquels je donne vie dans mes romans ou partager un verre avec mes amis.
Quel est votre grade et vos principales missions ?
Je suis commandant de police honoraire, titre pompeux qui signifie que je suis retirĂ© des cadres. J’ai travaillĂ© dans des services d’investigation (crime, mĹ“urs, vols avec violence,…) pendant plus d’une vingtaine d’annĂ©es, mais j’ai Ă©galement Ĺ“uvrĂ© en police de proximitĂ© ou au cabinet du prĂ©fet. Le boulot de flic a ceci de passionnant que l’on peut faire plusieurs mĂ©tiers très diffĂ©rents dans sa carrière.Â
Comment vous est venue l’envie de devenir policier ?
Vers l’âge de 16 ou 17 ans, en discutant avec un copain dans la cour du lycée. Nous nous sommes persuadés mutuellement d’avoir cette vocation. Trois ans plus tard, je passais le concours d’enquêteur de police. Lui a suivi d’autres voies. Je n’ai jamais regretté mon choix.
Que pensez-vous des romans écrits par vos collègues en activité ou retraités ?
Le nombre de flics qui Ă©crivent des polars me paraĂ®t incommensurable et j’en dĂ©couvre encore chaque jour. Les univers sont sensiblement diffĂ©rents mais je retrouve chez la plupart de ceux qui se consacrent au polar pur jus cette ambiance de service si particulière. Ça fait un bien fou de se sentir Ă la maison.Â
Et est-ce représentatif par rapport à votre métier ?
Le boulot de flic, tel que je l’ai personnellement connu, est très différent à bien des égards. Entre la multitude de dossiers que vous avez en portefeuille (y compris à la Crime), les nécessités de la procédure pénale française qui exige que vous passiez plus de la moitié de votre temps derrière le clavier à rédiger des procès-verbaux d’interpellation, de perquisition, de constatations, d’auditions, de garde à vue et les heures de planque pendant lesquelles il ne se passe rien, le combo espace/temps est forcément disproportionné. Une fiction reste une concentration d’actions et de réflexions qui, dans la réalité de la vie du flic, s’échelonne de façon beaucoup moins linéaire.
Vous identifiez-vous parfois dans les histoires de ces polars ?
Cela m’arrive rarement sur la globalité d’une intrigue, mais certaines scènes peuvent effectivement me renvoyer à des situations que j’ai vécues sur le terrain. Nostalgie nostalgie…
Pouvez-vous nous raconter en quelques mots une enquĂŞte qui serait digne de devenir un polar ?
Une enquĂŞte m’a particulièrement marquĂ© au dĂ©but des annĂ©es 90, lorsque j’étais Ă la section criminelle, et ce d’autant plus que j’étais directeur d’enquĂŞte. Une affaire de meurtre au cours de laquelle un jeune agent de sĂ©curitĂ© de 24 ans s’était fait poignarder Ă la gare de Perrache. De nombreux tĂ©moins avaient assistĂ© Ă la scène et lorsque des photos leur ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©es, une dizaine d’entre eux a formellement reconnu l’un des trois auteurs des faits. Nous l’avons interpellĂ© le lendemain Ă proximitĂ© de la gare et tous ont confirmĂ© qu’il avait participĂ© au meurtre alors que lui clamait son innocence. Nous avons fait un travail de fourmi sur chaque dĂ©tail du dĂ©roulement de l’après-midi et nous avons acquis la conviction que quelque chose clochait. Le juge d’instruction n’avait pas d’autre choix que de demander son incarcĂ©ration. Nous avons repris et dissĂ©quĂ© chaque Ă©lĂ©ment pour finalement parvenir Ă identifier un autre individu qui s’est avĂ©rĂ© ĂŞtre un vĂ©ritable sosie. InterpellĂ© quelques jours plus tard, il a reconnu les faits. Et lĂ , chaque dĂ©tail collait parfaitement. Sans ce travail minutieux, un homme aurait pu passer des mois, voire des annĂ©es en prison pour un meurtre qu’il n’avait pas commis.Â
Votre ouvrage « Traboule pour l’enfer », fait-il référence à votre métier ou aux missions que vous avez exercées ?
Les meurtres et les vols Ă main armĂ©e ont Ă©tĂ© mon quotidien pendant de nombreuses annĂ©es, notamment lorsque j’étais en poste Ă la section criminelle de la sĂ»retĂ© dĂ©partementale du RhĂ´ne. J’ai Ă©galement eu Ă en traiter lorsque j’étais aux Moeurs ou Ă la brigade de rĂ©pression des actions violentes. En revanche, je n’ai jamais connu ou entendu parler de braquage de corbillard au cours de ma carrière. De mĂŞme pour les macchabĂ©es saupoudrĂ©s tout au long de la traboule, toute ressemblance avec des cadavres ayant existĂ© serait purement fortuite.Â
Quelle est votre actualité littéraire ?

Quelques-uns des personnages de « Traboule pour l’enfer » avaient encore des dossiers qui leur tenaient Ă cĹ“ur et nous sommes en train de les dĂ©velopper. Ce second roman devrait, si tout va bien, ĂŞtre publiĂ© l’annĂ©e prochaine. J’ai encore deux ou trois projets d’écriture qui devraient suivre.Â
Le mot de la fin
Flic est un mĂ©tier aux multiples facettes, mais toujours passionnant. On est au cĹ“ur de l’Homme, de ses passions, de ses souffrances, de ses tourments et on plonge parfois avec lui au plus profond de sa noirceur, mais Ă©galement de son humanitĂ©. On n’imagine pas Ă quel point le policier est un acteur social majeur.Â

🎙️ Interview POLICIER/GENDARME - Patrick Mallet réalisée par Marie-Laure, blogueuse et chroniqueuse de Ma Folie Livresque
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Photo : Thierry Tijeras de l'Agence Nos Territoires

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