🎙️ Interview CULTURE - Bruno Fontaine
- Mafolielivresque

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Pouvez-vous vous présenter ?
Je m'appelle Bruno Fontaine, j'ai 59 ans et je suis comédien depuis 30 ans.
Le grand public vous connaît notamment pour votre rôle d’Élias de Kelliwic’h dans Kaamelott. Quelle place occupe aujourd’hui ce personnage dans votre parcours de comédien ?
Élias occupe une place particulière dans mon parcours, parce que c’est un personnage que j’ai beaucoup de plaisir à retrouver et à incarner. Il y a quelque chose de très agréable à revenir dans cet univers et à retrouver ce personnage, avec son caractère et son humour si particuliers. C’est toujours un vrai plaisir de lui donner vie et de partager à nouveau ces moments avec les autres comédiens et avec le public. Même si ce rôle ne représente qu’une partie de mon parcours, Élias reste un personnage auquel je suis particulièrement attaché.
Ă€ noter pour les fans de Kaamelott et les curieux : le premier volet est sorti en 2021.Â
Kaamelott : Deuxième Volet (partie 1) est sorti au cinéma le 22 octobre 2025, tandis que la partie 2 est attendue le 11 novembre 2026.
Vous avez interprété les textes d’Alexandre Astier et vous portez aujourd’hui ceux de Frédéric Dard avec San-Antonio chez les Gones. Comment abordez-vous des écritures et des univers aussi différents ?
Ils sont différents, mais je trouve qu’il y a quand même un cousinage entre Frédéric Dard et Alexandre Astier. Il y a un phrasé, un travail sur la langue. Ils aiment inventer, jouer avec les mots, ainsi qu’avec les formules, et puis surtout il y a de la drôlerie.
Frédéric Dard avait cette manière très personnelle d’écrire, qui était extrêmement drôle. J’ai écouté une émission sur Rabelais, sur Gargantua et Pantagruel, et je me suis dit que Frédéric Dard était un peu dans cet univers-là .
On est dans quelque chose de très exagéré, très proche du dessin animé ou de la bande dessinée. On peut faire un rapprochement avec Astérix et Obélix : il y a quelque chose d’exubérant dans ces personnages qui sont drôles, mais qui sont aussi touchants.
Je trouve qu’Alexandre Astier a aussi ce côté-là , notamment avec Perceval. Un personnage très drôle, mais en même temps touchant parce qu’il a une vraie profondeur. Il a quelque chose d’instinctif, une forme de poésie.
Entre Frédéric Dard et Alexandre Astier, je trouve qu’il y a quelque chose qui est de l’ordre de l’amusement, du plaisir de rire, de plaisanter, et ça fait du bien. Je pense que c’est aussi ce que les gens ressentent.
D’où vous est venue l’envie de porter sur scène l’univers de Frédéric Dard ?
Je cherchais un projet pour faire un seul en scène. J’avais envie de m’essayer à cet exercice, mais je n’avais pas vraiment de sujet.
Un copain est venu me voir et m’a dit : « Je cherche un auteur français rigolo, tu ne connaîtrais pas quelqu’un ? » Je me suis mis à réfléchir et au bout d’un moment je lui ai dit : « Il y a San-Antonio, c’est drôle, c’est français. »
Il ne connaissait pas, alors il a pris un livre. Je lui ai dit : « Tu verras, c’est super ». Puis il est reparti et je me suis dit : « Tiens, je vais en relire un. » Cela faisait plus de dix ans que je n’avais pas lu un Frédéric Dard. Au bout de deux pages, je me suis dit : « C’est ça que je veux faire ».
J’avais trouvé tout ce que je cherchais : les personnages drôles, l’univers. Je me suis tout de suite projeté dans cette multitude de personnages, dans la drôlerie, le côté grotesque, le côté bande dessinée. Je me suis dit : « Ça me va tout à fait. »
Quand mon copain est revenu, il m’a redonné le bouquin et je lui ai dit : « Je vais faire ça l’année prochaine, je vais monter un seul en scène ». Il m’a répondu que c’était amusant parce que, lorsqu’il avait lu le livre, il avait pensé à moi en se disant que c’était exactement le genre de chose qui pourrait me correspondre.
Le livre que je lui avait prêté c’était San-Antonio chez les Gones et je lui ai dit : « Je vais faire celui-là . »
Vous êtes seul sur scène, mais plusieurs personnages prennent vie. Comment travaillez-vous pour passer de l’un à l’autre ?
Il faut travailler les personnages séparément. Il faut les sortir de l’histoire, les faire vivre en dehors du récit. On leur pose des questions, on les fait improviser, il faut trouver la gestuelle, la voix, le caractère.
Tout cela est souvent écrit, cela donne des pistes. Frédéric Dard ne donne pas énormément de détails, mais en trois mots, il arrive à dépeindre un personnage. C’est ça, sa grande force, avec trois mots, il crée un décor, un personnage, et l’imaginaire est énormément sollicité.
À partir de là , c’est à nous de fouiller, de chercher le bon personnage. Une fois qu’on les a tous plus ou moins travaillés indépendamment de l’histoire, il n’y a plus qu’à les remettre dans le récit et à passer de l’un à l’autre.
Mais c’est un vrai travail difficile et fatiguant parce que ce ne sont pas les mêmes énergies. Il faut toujours avoir un petit peu d’avance sur ce qui va se passer, de façon à ce que le corps se mobilise légèrement en avance pour que cela soit fluide. L’idée, c’est qu’on ne voie pas l’acteur entre les personnages. Il faut passer de l’un à l’autre sans voir le comédien derrière. C’est ce que je voulais : que ce soit fluide.
Vu les retours que j’ai eus, je pense que c’est assez réussi. Je suis assez content parce que c’est exactement le spectacle que je voulais faire.
Au-delà de l’humour et des personnages, qu’est-ce qui vous touche particulièrement dans l’écriture de Frédéric Dard ?
Ce qui me touche, c’est la drôlerie et la tendresse. Il y a les deux. Comme dans Astérix et Obélix, il y a de l’humour, mais il y a aussi de la tendresse envers les personnages.
Frédéric Dard aime ses personnages. Même ceux qui sont méchants, qui sont parfois idiots, il les aime tous. Et quand on fait du théâtre ou qu’on interprète un rôle, il faut aimer les personnages.
Après, on peut avoir du recul. Si on fait un taré, on ne peut pas l’aimer, mais il faut rentrer dans sa logique et, d’une certaine manière, l’apprécier quand même, même si on n’a pas les mêmes idées. Le temps d’un instant, on ne se pose pas de questions. Parce qu’il peut y avoir une souffrance derrière. Cela n’excuse rien, mais cela permet de comprendre, de ressentir quelque chose. Il y a une vibration qui existe et c’est ce qu’on doit rendre.
Nous, on n’est pas là pour donner une leçon. On est là pour incarner des personnages. Et c’est ce qui est intéressant. Ces « salauds » peuvent être aussi passionnants que des personnages qui sont des gens bien.
C’est aussi ce qui m’intéresse dans le métier de comédien, pouvoir traverser des personnalités très différentes.
Vous m’avez confié apprécier la plume de Donald Westlake. Qu’aimez-vous retrouver dans ses romans ?
Je n’en connais pas énormément, j’en ai lu trois ou quatre, mais à chaque fois j’ai pris beaucoup de plaisir.
J’avais commencé avec « Le Couperet » et j’avais trouvé ce bouquin extraordinaire. J’aime cette facilité d’écriture. Quand on lit Westlake, je trouve qu’on est plongé très rapidement dans l’histoire. On ne se pose pas de questions, c’est très agréable, et en même temps, on vibre beaucoup.
Ce roman est très angoissant, parce que le personnage entre dans une sorte de logique dont il n’y a plus de retour en arrière. C’est horrible, on se dit : « Mais ne fais pas ça, ne fais pas ça ! » Et pourtant, il continue.
Il y a une vraie tension. Westlake joue beaucoup avec ça. On suit un personnage qui fait ce qu’il ne faudrait pas faire et, à chaque fois, on se demande comment il va s’en sortir.
J’en ai lu d’autres derrière, et c’était pareil, il y a toujours cette tension qui s’installe.
Après, j’aime aussi Mankell. Voilà , quelques polars comme ça.
Pour quelqu’un qui n’a jamais lu Donald Westlake, je conseillerais « Le Couperet ». C’est le premier que j’ai lu et je me suis régalé. Un film a été réalisé avec José Garcia qui n’est pas si mal.
Dans un roman policier, quels sont les éléments qui vous accrochent le plus : les personnages, l’ambiance, l’humour ou l’histoire ?
Cela dépend, en fait. Il y a des auteurs, comme Mankell, qui mettent beaucoup d’importance sur la personne qui mène l’enquête. Ils s’intéressent beaucoup à sa vie privée, à son mental, à ce qu’il vit autour de lui. Et j’aime beaucoup ça, parce qu’on s’attache énormément à ce personnage. La façon dont ce qu’il vit va influencer son enquête, c’est intéressant, car il y a un vrai travail psychologique autour du personnage. C’est aussi intéressant de comprendre pourquoi il agit de cette manière.
Après, il y a des auteurs comme Agatha Christie, où l’on est davantage dans l’univers, dans le huis clos, dans l’ambiance.
En réalité, j’aime tout. Quand c’est bien écrit, je n’ai pas forcément de préférence.
Mais dans un polar, si je devine la fin avant, pour moi, ce n’est pas réussi.
C’est ce qui est intéressant : on joue un peu à l’enquêteur. On cherche, on observe les indices.
Dans les huis clos, par exemple, on réfléchit : « Lui ? Non, ça ne peut pas être lui, ce serait trop évident… Donc, ça ne peut pas être lui. » Et finalement, on resserre l’entonnoir jusqu’à se dire que c’est peut-être lui.
La façon dont l’auteur construit son histoire joue beaucoup. S’il s’intéresse trop à un personnage, je me dis parfois que ce n’est pas lui. S’il ne s’intéresse pas du tout à un personnage, je me dis qu’il va sûrement ressortir à la fin.
Après, il y a aussi des polars oĂą c’est davantage l’univers qui compte, le cĂ´tĂ© lourd, le cĂ´tĂ© glauque, l’atmosphère. Il y a tellement de possibilitĂ©s dans ce genre.Â
Quelles sont vos actualités et vos projets ?
En ce moment, je suis sur plusieurs spectacles.
Il y a San-Antonio chez les Gones, qui continue de tourner et que je vais encore jouer prochainement. J’ai aussi une comédie qui s’appelle Vive Bouchon ! et une autre pièce, La Visite de la vieille dame, que je joue à Cavalaire, dans le cadre du festival de Tragos. C’est un festival qui dure tout l’été, pendant deux mois. J’y retourne mardi prochain et j’ai encore trois semaines de dates à Cavalaire.
Ensuite, j’ai une création autour de Violette Nozière, une femme qui a été condamnée à mort pour avoir empoisonné son père. Sa mère avait également failli mourir. Elle a finalement été condamnée à perpétuité, puis je crois qu’elle a été libérée par la suite.
Claude Chabrol a d’ailleurs réalisé un film autour de ce personnage avec Isabelle Huppert.
Puis j’ai aussi Le Porteur d’histoire d’Alexis Michalik, qui reprendra en hiver, en novembre et décembre.
Cette pièce, je l’ai jouée pendant trois ans, donc je la connais bien. En revanche, pour la création autour de Violette Nozière, il faut encore que je travaille le texte et que je l’apprenne.
Vous avez découvert le salon NOIRES BRUMES, comment avez-vous vécu cette expérience et l’ambiance qui y règne ? Auriez-vous envie d’y revenir et de proposer un atelier de lecture ?
J’ai beaucoup aimé l’ambiance de NOIRES BRUMES. C’est un salon très convivial, avec des gens passionnés et un vrai plaisir à échanger avec le public. On s’y sent rapidement à l’aise, donc oui, je reviendrais volontiers. Ce serait quelque chose qui me plairait beaucoup de proposer un atelier de lecture.
Le mot de la fin...
J’ai gardé un très bon souvenir du salon NOIRES BRUMES. C’était très intéressant de jouer devant des personnes qui écrivent des polars.
Le polar est quand même un exercice où il faut imbriquer des choses et embarquer les gens. Et pour les embarquer, il y a une façon de construire une histoire. Et là , pour adapter ce roman en spectacle, il a fallu le réduire. À la lecture, le roman dure environ deux heures trente ou trois heures, alors qu’il faut en faire un spectacle d’une heure vingt. Il a donc fallu couper beaucoup de choses. Il y a des personnages qui disparaissent, des éléments qu’il faut enlever, mais il faut malgré tout que l’ensemble reste logique.
C’est une vraie difficulté de présenter un spectacle devant des personnes qui construisent des romans. Il faut que l’histoire tienne, que le rythme fonctionne.
J’ai eu de très beaux retours et j’en suis plutôt content. Je suis ravi de revenir l’année prochaine.


🎙️ Interview CULTURE - Bruno Fontaine réalisée par Marie-Laure, blogueuse et chroniqueuse de Ma Folie Livresque
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Photos : Thierry Tijeras de l'Agence Nos Territoires

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